NR : Jean-Baptiste, 22 mois depuis les EDQ, que de promesses non tenues et un de loi sur le logement régressif, comment interprètes tu l’attitude schizophrénique du gouvernement ?
JBL : ces gens sont malins, Ils ne font pas bouger les dossiers et jouent la montre, si il n’y a pas suffisamment de pression de l’opinion publique, si ils ne sont pas pris à la gorge ils ne bougeront pas. Le projet de loi de Boutin par exemple, fait suite au rapport du député UMP Pinte sur le mal logement dont la conclusion est qu ‘il existe une grave crise du logement et qu’il faut agir dès maintenant afin d’éviter une future catastrophe.
Suite à ce rapport, le député Pinte et les associations s’occupant du logement ont été convoqués par le gouvernement. A la sortie de la réunion de travail, le député lui même était déçu de constater que les moyens nécessaires à la résorption de la crise du logement ne seraient pas développés, ce qui annonce un échec prévisible.
Le projet de loi de Christine Boutin est un retour en arrière, elle utilise cette loi pour faire de la communication et éviter de prendre de vraie mesures. Toutes les associations sont réunies sur l’avis qu’elles ont de ce projet de loi, cet avis commun est que cette loi est régressive (loi SRU sur le quota de logements sociaux remise en cause, expulsions facilitées …)
NR : les EDQ ont ils été un effet de mode ? JBL : Notre discours était « Ouvrez les yeux, ces gens ne sont pas tous des pochetrons », le but était de casser les préjugés, ça a fonctionné durablement avec la période EDQ mais il faut le répéter , que ces être humains soient cassés ou pas, il faut recommencer à expliquer, à parler d’eux, sinon la population se rendort et on les oublie. Les plus visibles d’entre les sans abris sont souvent les plus abîmés et les plus bruyants, je comprends qu’ils fassent peur à des gens.
NR : Mis à part raconter l’aventure des EDQ, quels sont vos objectifs en présentant ce film ?
JBL : Elargir la sensibilité de l’opinion publique sur la cause des Sans Abris , toucher le public le plus large et leur donner des éléments pour changer de vision. Montrer comment cette action de revendication a fonctionné et qu’il faut demander, exiger, pour obtenir. Ce film n’est pas seulement un film sur les sans abris, il vise à leur donner la parole.
A notre niveau à nous, les initiateurs du mouvement, ce film nous a aidé à tenir le coup dans les moments difficiles, il était comme un film conducteur car il allait nous permettre de donner un témoignage, des preuves, et de montrer des gens et des choses qui nous tenaient à cœur que ça réussisse ou pas.
Après la fin des EDQ nous ne pensions pas faire le film, mais en voyant que 4 à 5 mois après le canal Saint-Martin rien ne bougeait nous avons décidés de le sortir. De plus il y a eu un changement de gouvernement en mai 2007, les personnes du gouvernement avec qui nous travaillions ont changé, les nouveau ne connaissaient pas notre action, ne la comprenaient pas, ils nous prenaient juste pour des excités.
NR : Avez vous toujours des contacts avec le gouvernement ?
JBL : Suite au rapport PINTE, un collectif inter associatif a été reçu, mais la loi de finance prévoit une baisse des crédits alloués aux ministère de la ville et du logement, en complète contradiction avec les moyens qu’il faudrait pour sortir de cette crise du logement. A titre individuel, Augustin et moi n’avons plus du tout de suivi de ce qui se passe ou pas depuis l’action de Notre dame. Ni informations, ni chiffres, l’opacité est totale alors que nous étions pendant les EDQ associés au travail en cours sur le sujet au gouvernement. Mais pour moi, l’opinion publique s’est rendu compte que le gouvernement mentait pendant la répression du campement de Notre Dame. Christine Boutin confond hébergement et logement, elle montre beaucoup de sensibilité devant les caméras, comme quand elle est venue en pleurs sur le canal saint Martin, mais ce n’est qu’une sensiblerie de surface, il n’y a rien de sincère derrière.
NR : La population SDF est souvent stigmatisée et mal vue par l’opinion publique, selon toi, qu’est ce qui pourrait faire évoluer les mentalités ?
JBL : L’opinion évolue toute seule, je suis optimiste de nature sur l’évolution de la société. beaucoup de gens se dirigent vers l’alter mondialisme par exemple, les génération qui viennent sont plus humanistes et ouverte sur le monde, mais peut être que je me trompe…
NR : Est ce que les sans abris ne seraient pas un garde fou pratique pour que les gens restent dans le « droit chemin » ?
JBL : c’est une question que je me suis souvent posée, mais je n’arrive pas à croire des êtres humains puissent être assez cyniques pour se servir des sans abris comme épouvantails.
NR : Avez vous gardé des liens avec certains des sans abris ayant participé à la lutte des EDQ ?
JBL : Pas tous, nous n’avons plus de nouvelles d’une grande partie, mais ils savent tous où nous trouver si besoin. Nous avons quand même gardé des contacts proches avec certains. Un mélange de personnes sans abris et bien logés qui se sont rencontrés sur le campement du canal Saint Martin ont fondé un CHRS de 20 places, les anciens de la rue participent à l’accompagnement des personnes hébergées, le but de cette structure étant d’accompagner les personnes vers un logement pérenne. Je fais partie du conseil d’administration mais je ne m’implique pas plus pour ne pas perdre ma liberté d’action et de pensée.
NR : l’arsenal juridique en matière de logement n’est apparemment pas suffisant pour faire bouger les choses, quelles sont selon toi les stratégies à mettre en œuvre pour obtenir un droit au logement réel et effectif ? crois tu qu’il y a une chance de gagner ce combat ?
JBL : je suis persuadé que nous allons gagner le combat, il est aussi très important d’avoir accès au droit et de surveiller l’application du DALO, certaines préfectures découragent les demandeurs de dossiers DALO en leur disant que ça n’aboutira pas, c’est un déni de droit et c’est inadmissible. Je suis optimiste sur le DALO car par exemple, pour que l’école soit obligatoire pour les enfants il a fallut beaucoup de temps mais c’est un droit acquis maintenant. Il faut continuer à mettre la pression dans la rue et ne pas laisser les choses se déliter.
NR : le générique de fin du film affiche « A suivre… », êtes vous déterminés à continuer la lutte en faveur des sans abris ? de quelle manière ?
JBL : nous sommes en train de construire l’acte II, la constitution d’un maillage, un réseau car nous devons être plus nombreux pour construire une action, pour l’instant rien n’est défini. Actuellement, les association qui s’occupent de la problématique du logement (DAL, macaque, jeudi noir, EDQ…) ne représentent qu’une poignée de gens, mais il y a potentiellement beaucoup de gens nombreux pour soutenir cette cause car ils y sont sensibles. Il est très important de militer.
Pendant l’action de Notre dame par exemple, beaucoup de gens des banlieues sont venus en soutien, ils étaient mélangés à des mamies du secours catholique, des touristes, et tout ce petit monde faisait corps ensemble face aux CRS Il faut un mélange des genres, des populations, un panel représentatif, non composé seulement des militants habituels.
Pendant ce temps là, les ex - campeurs du canal du midi relogés rue du raisin à Toulouse doivent « faire leurs preuves » avant que la mairie ne les aide à mettre en place un projet d’habitat collectif. Les revendications des EDQ sont toujours d’actualité…
Propos recueillis par Nathalie Rivière
Film projeté à UTOPIA Toulouse Du 22/10/08 au 11/11/08





