OTAN - En compensation des dégradations subies lors du sommet de l'Otan, Strasbourg aura de l'argent. Au moins 10 millions d'euros, sortis de la poche de l'Etat, qui iront à l'extension d'une ligne de tramway vers Kehl, en Allemagne, permettant de desservir le quartier du Port du Rhin où plusieurs bâtiments (un hôtel, une pharmacie, des locaux des douanes) avaient été incendiés par des casseurs en marge de la manifestation anti-Otan du 4 avril.
Le principe de cette participation financière de l'Etat a été acquis jeudi au cours d'une réunion à l'Elysée avec le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Christian Frémont. Le maire, Roland Ries (PS), le président de la communauté urbaine, Jacques Bigot, y ont participé. Mais aussi des élus de la majorité municipale et de l'opposition, ainsi que le député de la circinscription, Jean-Philippe Maurer (UMP).
"Les élus strasbourgeois ont présenté leurs projets structurés autour de deux axes", précise la ville : "Le premier relatif au domaine de l’aménagement urbain vise à la création, sur les rives du Rhin, d’un nouveau quartier européen intégrant l’actuel quartier du Port du Rhin. Le deuxième axe concerne le renforcement du rôle de la métropole de Strasbourg comme lieu d’accueil de rencontres internationales".
Outre son aide pour le prolongement du tramway, l’Etat participera au financement, avec l’Anru (Agence pour la rénovation urbaine), "des opérations de création et de rénovation de logements au Port du Rhin ainsi qu’au financement de la deuxième phase de la liaison interports", sur un axe nord-sud à l'est de l'agglomération, le long des bassins industriels, précise un communiqué.
L'enveloppe totale, tramway inclus, serait de 13 à 14 millions d'euros, précise-t-on en mairie. Pour le tramway, le coup de pouce de l'Etat devrait représenter au moins 25 % du coût du projet. Pour l'habitat, la ville prévoit 1.500 logements dans le secteur du Port du Rhin, dont 500 à caractère social. Elle mise sur "l'effet de levier" des crédits de l'Etat pour parvenir à des "coûts de sortie inférieurs à ceux du marché". Pour la liaison interports enfin, l'aide serait d'un million d'euros sur les 8 du projet, qui prévoit le percement d'un tunnel sous la RN4.
En matière de "rencontres internationales", l'aide potentielle ne concerne pas cette fois des travaux, au moins dans un premier temps. La ville indique que "la présidence de la République a enregistré le projet de rénovation et d’extension du Palais de la musique et des congrès (où s'était déroulé le sommet des chefs d'Etats membres de l'Otan, ndlr) dans la perspective de l’accueil de grandes manifestations internationales. Elle a précisé que l’Etat pourrait s’intéresser au financement des études". Il pourrait ensuite aider, en complément des collectivités, au financement des travaux de modernisation et d'extension, pour lesquels le budget prévisionnel s'élève à 53 millions d'euros. En échange, l'Etat bénéficierait de droits d'usage à titre gratuit pour l'organisation de conférences internationales à Strasbourg.
En payant, l'Etat semble reconnaître une faute dans la gestion des événements du 4 avril, au cours desquels le quartier du Port du Rhin avait été livré aux casseurs pendant plus d'une heure. Et la stratégie du sénateur-maire Roland Ries est couronnée de succès : il avait choisi de négocier pour obtenir de "justes réparations" plutôt que de soutenir les demandes d'enquêtes parlementaires déposées par les Verts et les communistes, au Sénat et à l'Assemblée, qui visaient à éclaircir un certain nombre de questions en suspens concernant l'action - et l'inaction - des forces de l'ordre.
T.C. - LIBÉ STRASBOURG




