18.07.2008
J'ai testé la maison à 15 euros, en vain
Willy Pierre - LE FIGARO
Effet d'annonce ou véritable dispositif d'accession à la propriété ? Pour savoir ce que vaut «la maison à 15 euros», je l'ai testée.
Imaginons le profil d'un homme de 35 ans, divorcé, avec à sa charge deux enfants, un revenu de 1400 euros nets par mois et peu ou pas assez d'argent de côté pour accéder à la propriété de manière traditionnelle. Je me glisse dans sa peau, et je me décide à lancer le chantier de ma future maison à 15 euros. J'ai choisi l'exemple du Jura où Mme Christine Boutin s'est rendue lundi 7 juillet pour promouvoir son dispositif.
1 - Allô Service Public
J'ai entendu parler de la maison à 15 euros par jour à la télévision. Je décroche donc mon téléphone pour appeler le 39 39, le numéro «Allô Service Public». Après avoir essayé encore et encore, après plus de 15 appels, je n'arrive toujours pas à obtenir d'interlocuteur, le réseau étant saturé tout au long de la journée.
2 - La préfecture
Pour obtenir la liste des communes dans lesquelles on peut accéder au dispositif de Christine Boutin, je décide donc d'appeler la Préfecture du Jura. Après être passé par cinq interlocuteurs différents, je reviens toujours à la même personne au standard, qui a l'air un peu gêné. Elle me déclare finalement que «personne n'est assez informé à la préfecture», et que je devrais donc «essayer d'appeler la DDE».
3 - La Direction départementale de l'équipement
Je suis mis en relation avec le service «habitat» de la DDE, une personne bien au courant de l'actualité récente m'explique que deux communautés de communes ont signé la charte de la «maison à 15 euros par jour», la communauté du Val d'Amour et la communauté du bassin Lédonien. Le principe de la «maison Boutin» m'est expressément expliqué. On m'apprend que des conditions supplémentaires sont à remplir pour accéder à ce dispositif, dont je n'avais pas connaissance : le ménage doit avoir moins de 70 ans cumulés, et il faut intégrer un projet de construction écologique à la constitution de sa maison. Heureusement, mon personnage remplit ces critères. On me conseille d'appeler d'abord le Comité interprofessionnel du logement du Jura (CILJ), c'est-à-dire l'organisme qui s'occupe des dossiers des candidats pour accéder au 1% logement. Au CILJ, on m'informe que la personne qui est en charge du dispositif est en vacances, et qu'il faudra attendre son retour, soit «deux à trois semaines». Je décide donc de sauter cette étape et d'y revenir plus tard. Je pense alors à l'agence départementale pour l'information sur le logement (Adil), pour qu'on me livre des conseils.
4 - L'Adil
Je décide donc d'appeler l'Adil. J'obtiens rapidement une conseillère qui m'explique qu'avec un financement PASS Foncier et en tant que père de famille, je devrais sûrement régler une mensualité de l'ordre de 450 euros pendant 16 ans. «Soit 15 € par jour pour un endettement d'environ de 22%», ce qui revient à des «tranches de solvabilité financière plus courantes» pour «tout une catégorie de primo-accédants». Elle m'explique ensuite qu'à l'échéance choisie, ou en cours de bail, le terrain peut être acquis avec un prix initial majoré de 1,5% par an pour les salariés et indexé sur l'inflation pour les autres, avec un minimum de 2% et un maximum de 4,5%. Il peut également faire l'objet d'une acquisition progressive, moyennant un supplément de loyer, sur une durée maximale de 15 ans, assorti d'une prolongation de bail. Enfin quelqu'un qui est au courant du dispositif. Elle me donne ensuite la liste des communes où je pourrais présenter un dossier de candidature pour obtenir un logement à 15 euros par jour, soit 19 communes où cela est possible. La conseillère de l'Adil m'explique que certains aspects du dispositif sont encore en suspens et qu'aucun dossier de la maison à 15 euros n'a encore été finalisé dans son département. «Pour l'instant, il sera très difficile de constituer un dossier» me dit-elle.
5 La mairie
Je choisis la commune de Lons-le-Saunier qui figure dans la liste que l'Adil m'a communiquée. J'appelle la mairie, et je suis mis en relation avec un élu responsable de l'aménagement. Il m'explique qu'«il n'y a plus aucun terrain à construire», et que «pour une accession au logement social», il n'a «que la solution HLM» à me proposer. Je décide ainsi d'appeler la communauté de communes du Val d'Amour, puisqu'elle a bel et bien signé la charte. On m'informe que le dispositif ne sera vraiment en place qu'au mois de septembre. On me donne alors des numéros de promoteurs immobiliers avec lesquels je pourrais déjà parler de mon projet.
6 Les promoteurs immobiliers
Je reprends espoir, mais pas pour longtemps. Une première entreprise me répond qu'il n'est pas encore possible de construire de maison à 15 euros. Une deuxième entreprise, pourtant partenaire du projet de la ministre du logement, m'explique que si le dispositif est en marche, je ne pourrais pas obtenir un compromis de vente avant l'année prochaine.
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18.04.2008
LE MONDE - Retranscription du chat organisé avec Christine Boutin
Redbull : c'est pour qui la maison à 15 euros par jour ?
Christine Boutin : C'est une maison qui est accessible à une famille de quatre personnes, qui a un revenu compris entre un smic et demi et deux smics, et qui a l'APL. Vous pouvez consulter le site www.mamaisonpourquinzeeurosparjour.fr.
marcelhazan : Un million de mal logés, 5 000 maisons à 15€/jour en 2008. A ce rythme il faudra 50 ans pour loger décemment les personnes les plus fragiles. N'est-il pas scandaleux comme vous dites de faire si peu et de prétendre faire autant ? Vous annoncez en grandes pompes vos mesures, alors que les loyers ne cessent d'augmenter et que le marché de l'immobilier ne favorise que les plus riches. Ne faut-il pas bloquer l'augmentation, voire réviser à la baisse les loyers pour limiter la spéculation immobilière ?
Christine Boutin : La maison pour 15 euros n'a pas vocation à répondre à la crise actuelle du logement. Elle est dirigée pour permettre l'accession à la propriété pour les revenus modestes. Mon ambition pour l'instant est d'en réaliser 5 000 dans l'année. Cette maison est un produit parmi d'autres.
En ce qui concerne le blocage des loyers, tous ceux de mes prédécesseurs qui l'ont utilisé ont été amenés à revenir en arrière, car les propriétaires ne mettaient plus en location leurs appartements.
lili : J'aimerais savoir comment vont se loger les classes moyennes qui dépasseront de peu le plafond pour avoir droit à une HLM mais pas assez pour aller dans le privé sans APL puisque là aussi ils dépassent le plafond ?
Christine Boutin : Aujourd'hui, 60 % de la population française répond aux critères d'attribution des logements sociaux. 20 % seulement y accèdent. 50 % donc de la population est obligée de se loger dans le privé. Il faut donc construire davantage de logements sociaux, que ce soit pour le locatif ou l'accession à la propriété.
lol : 18 000 dossiers ont été déposés au titre de la loi sur le logement opposable ? Pensez-vous pouvoir répondre à toutes ces demandes ? Sous quel délais ?
Christine Boutin : On nous annonçait 600 000 personnes relevant de la loi DALO. Aujourd'hui, alors que toutes les procédures ont été respectées, effectivement, moins de 18 000 dossiers ont été déposés. Nous serons donc très en dessous du chiffre annoncé. Et 18 000 dossiers ne signifient pas 18 000 dossiers éligibles.
Cela étant dit, je pense que toutes les personnes relevant du DALO n'ont pas encore déposé leur dossier. Les associations doivent se mettre en marche pour aller chercher ceux qui pourraient y prétendre. Nous pourrions être heureux de constater un chiffre aussi faible, mais je ne suis pas sûre qu'il représente la réalité.
Il faut savoir que la situation est très inégale sur le territoire français. 75 % des dossiers déposés le sont en Ile-de-France. Et 50 % de ces 75 % sont sur Paris.
Donc il va falloir mettre tout en route pour pouvoir loger tous ceux qui relèvent des six catégories prioritaires. Ce n'est pas une chose facile, mais j'ai l'intention de mobiliser l'ensemble des préfets afin que tous les partenaires, publics ou privés, participent à la proposition de logement pour ces publics prioritaires.
papere : partagez-vous les inquiétudes sur l'avenir du financement du logement social à l'occasion de la réforme du livret A ?
Christine Boutin : J'aurais préféré que la réforme du Livret A soit étudiée à l'occasion de la discussion du projet de loi sur le logement qui sera présenté prochainement au Parlement. Parce que la loi de modernisation de l'économie est inscrite d'ores et déjà, le Livret A sera discuté dans ce contexte.
Mais j'ai pris toutes garanties pour faire en sorte que le financement du logement soit assuré dans le cadre de cette réforme. C'est ainsi que 70 % de la collecte du Livret A et du Livret de développement durable seront bien fléchés en direction du logement.
créteil : Quelle sont les hypothèses envisagées pour la réforme du 1 % logement et de sa gouvernance ?
Christine Boutin : Vous me permettrez de ne pas répondre avec précision à cette question aujourd'hui, car les négociations vont bientôt commencer. Cela dit, il y aura une réforme dans la gouvernance pour assurer davantage de transparence et de contrôle, et le fléchage des fonds devra être précisé.
Loula : Les familles de la rue de la banque ont-elles été relogées comme vous vous y êtiez engagée ?
Christine Boutin : Elles ne l'ont pas été toutes. Parmi les 374 familles, 250 dossiers de relogement ont été reconstitués par les services de l'Etat, qui ont travaillé en un temps extrêmement rapide malgré le refus de certaines associations à aider les familles à établir leur dossier DALO.
Une trentaine de familles en hôtel ont été relogées, et les commissions d'attribution poursuivent l'examen des dossiers les plus prioritaires dans le respect de la loi DALO.
cris : Est-ce que vous prévoyez de faciliter les expulsions de locataires indélicats dans votre futur projet de loi sur le logement ?
Christine Boutin : L'expulsion est un échec. Mon objectif n'est pas de favoriser les expulsions, mais de garantir à tous un toit. C'est la raison pour laquelle nous réfléchissons à l'extension de la garantie du risque locatif, qui assure aux propriétaires de ne plus avoir d'impayés ni de logement abîmé.
Les négociations sont en cours et la garantie du risque locatif sera dans la future loi sur le logement. Je veux, dans ce domaine comme dans tous les autres, une réponse gagnant-gagnant.
liska : n'y a-t-il pas de contradiction entre la loi DALO et les démolitions subventionnées par l'ANRU ?
Christine Boutin : Non, il n'y a pas de contradiction. Il est certain que de nombreux quartiers de nos villes ont besoin de restructuration. C'est le rôle de l'ANRU. Pour cela, il faut détruire et reconstruire. J'ai demandé à ce que, dans la mesure du possible, on construise avant de démolir.
En ce qui concerne la loi DALO, elle est une contrainte imposée à l'Etat de loger tous ses citoyens.
pignouf : récemment, le collectif jeudi noir a réquisitionné des locaux inutilisés dans Paris : 5 000 m², inoccupés depuis 10 ans !! Le gouvernement a-t-il une proposition afin de mieux utiliser les bâtiments vides existant déjà ?
Christine Boutin : Cette affaire me préoccupe beaucoup, car d'après les informations que j'ai, ces locaux sont dangereux et je ne souhaite évidemment pas qu'il y ait d'accident.
J'ai lancé le principe de la réquisition. Cela étant dit, la loi s'impose même aux ministres, il faut donc faire une enquête pour voir quelle est la nature de ces locaux, s'ils sont véritablement vides.
J'ai donc saisi le ministère du budget, qui fait une analyse fine à partir de la fiscalité pour savoir quelle est la réalité des locaux apparemment vides. Cela est très long.
Mes prédécesseurs qui ont utilisé cette procédure sont arrivés, après des mois d'investigation, à reloger 43 personnes. Ce n'est donc pas à la hauteur, malheureusement, des besoins existants. Mais je ne laisse aucune piste de côté.
zetv : L'Etat n'a jamais fait usage de son droit de préemption des terrains en situation de carence avéré des 20% de logements sociaux, pourquoi ?
Christine Boutin : Pardonnez-moi, là encore, la loi s'impose aux ministres. J'ai toujours dit que j'appliquerais de façon ferme l'article 55 de la loi SRU. Que dit-elle ? Obligation pour les communes de plus de 3 500 habitants d'avoir en 2022 20 % de logements sociaux sur leur territoire. Une courbe idéale est dressée de la commune considérée à partir du pourcentage qu'elle possède, jusqu'à 2022.
Tous les trois ans, l'Etat doit vérifier quelle est la situation de l'effort de la commune par rapport à la courbe idéale. La première période triennale permettant cette vérification et cette comparaison est arrivée en décembre 2007. J'ai donc demandé à tous les préfets de dresser les courbes des communes considérées. Cela réclame donc un certain temps.
Lorsque j'aurai les éléments, je ferai dresser des états de carence, avec sanctions. Je pense que ce sera possible avant l'été.
Claire_D : Que pensez-vous de la proposition de Philippe Marini (sénateur) de créer des sociétés immobilières cotées (c'est-à-dire complètement privées) pour faire du logement social ?
Christine Boutin : J'ai l'habitude de dire que la lutte des classes est terminée. Je ne veux éliminer aucun des instruments qui permettent de construire. Si les partenaires privés, même sous forme de SCI, sont prêts à construire, je suis prête à examiner leurs propositions.
Stéphanie : Qu'en est-il de la mobilisation autour des personnes sans-abri ? Ne pensez-vous pas qu'il serait possible d'adopter un objectif tel que mettre fin au sans-abrisme d'ici 2015 ?
Christine Boutin : Normalement, nous devons y arriver avant 2015. La loi DALO nous oblige en 2012 à offrir un logement à tous. Sinon, l'Etat sera condamné.
liska : La mixité sociale est-elle un objectif à atteindre ? Si oui, n'y a-t-il pas un risque de remplacer la gestion sociale de la pauvreté (tenter de réduire la pauvreté) par une gestion spatiale (uniquement la disperser) ?
Christine Boutin : La mixité sociale me semble être un objectif à prendre en compte. Lorsqu'on écoute les gens, on s'aperçoit qu'une trop grande concentration d'un type de population dans un espace provoque des déséquilibres. Je pense donc que l'objectif de la mixité est une bonne chose.
yes_1 : Comment se passe maintenant la collaboration avec Fadela Amara ?
Christine Boutin : Le "maintenant" est de trop. Ca s'est toujours bien passé, même si nous avons pu avoir des approches différentes sur la ville. Heureusement qu'il est possible de débattre entre nous.
Et je vous le garantis, cela n'a jamais été mal entre Fadela et moi. Certes, nous sommes différentes, mais nous nous enrichissons de notre différence.
Fadela Amara a en charge maintenant la mise en place du discours du président de la République le 8 février dernier à l'Elysée.
Alaru : Pouvez-vous me donner des nouvelles de votre secrétaire d'état Fadele Amara qui a disparu depuis la présentation de son plan banlieue ?
Christine Boutin : Je vous rassure, elle va très bien. Actuellement, elle travaille avec tous les ministères pour obtenir les mesures demandées par le président de la République, qui les concernent tous. C'est sans doute moins médiatique.
famillesnombreuses : Qu'est-ce que madame Boutin peut bien avoir à dire en général alors que tout le monde l'a entendue si éloquemment se taire lors de l'annonce, depuis retirée, de la carte familles nombreuses ? Ou depuis l'annonce de la baisse des allocations familiales pour les familles avec des adolescents ?
Christine Boutin : Si j'ai bien compris votre question subtile, Mme Boutin est présidente du Forum des républicains sociaux, qui n'a pas manqué de parler. Je vous renvoie donc sur le site du FRS.
Claire_D : qu'entendez-vous - dans la RGPP - par réforme des APL ?
Christine Boutin : L'objectif de la RGPP est de réformer, bien sûr, mais de réformer avec une préoccupation de justice. En ce qui concerne les APL, il convient de regarder s'il n'existerait pas, pour certaines d'entre elles, quelques versements injustifiés sur le plan de l'équité.
Je rassure tout de suite, il ne s'agit pas de les supprimer, en particulier pour tous ceux qui en ont vraiment besoin. Je m'en porte garant.
Claire_D : comme les étudiants dont les parents ont beaucoup de moyens ?
Christine Boutin : Joker !
Henri : vous aviez soutenu l'idée que le sacrifice des générations antérieures appartenait à tous et qu'il justifiait un revenu d'existence. Cherchant à appuyer votre thèse, je me demandais si le RSA de Martin Hirsh va dans le sens que vous souhaitiez alors ?
Christine Boutin : Oui, je soutiens toujours avec force la nécessité de réfléchir au partage de la richesse. Le dividende universel que nous portons au FRS est une réponse à cette préoccupation.
Je constate avec joie qu'un certain nombre d'élus de très haut niveau, européens, partagent ce concept du dividende universel. Le RSA de Martin Hirsch est, de mon point de vue, une étape.
Marino : Nous avons vécu un débat difficile sur l'euthanasie qui s'est terminé sur l'acquittement d'une mère amenée à assassiner sa fille handicapée. Acquittement prononcé dans un silence politique total. Est-ce que ça veut dire qu'il faut accepter cette situation comme une "évolution sociale normale" ?
Christine Boutin : J'ai appris ce matin que le parquet avait fait appel de cette décision.
liska : Revenez-vous sur vos propos tenus lors des débats sur le PACS ?
Christine Boutin : Quels propos ? Ceux que l'on m'a prêtés, ou ceux que j'ai tenus ? Sur ceux que j'ai tenus, je ne reviens pas.
Samy : Etes-vous favorable au mariage gay ? L'adoption d'enfants par des couples homosexuels ?
Christine Boutin : Ce n'est pas un scoop : non, toujours pas.
Samy : Regrettez-vous que le président ne nous dise plus rien de Dieu ?
Christine Boutin : Je suis attachée à la laïcité à la française, et en particulier à l'article 1 de la Constitution, qui indique que la France est une République laïque et qu'elle accepte toutes les croyances et toutes les religions. C'est la grandeur de notre pays : la tolérance.
Alry : Carla Bruni correspond-t-elle à l'idée que vous vous faites d'une 1ère Dame de France ?
Christine Boutin : Carla Bruni-Sarkozy sera une grande première dame de France. Elle est belle, elle est intelligente, elle a du savoir-vivre, et elle incarnera bien l'élégance française, même si elle est italienne.
Benjamin : Aimez-vous votre ministère?
Christine Boutin : C'est un ministère très difficile, très exposé. Quand on ne parle pas de lui, ce n'est parce qu'on n'y fait rien, mais parce qu'on a réglé les problèmes. Et j'aime ce ministère, car son objet est de répondre concrètement aux attentes légitimes de mes compatriotes.
Constance Baudry et Emmanuelle Chevallereau
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13.04.2008
Le gouvernement et Nicolas Sarkozy ferment les portes du logement, durablement
... Ou quand les moins favorisés sont pris en otage par un système hypocrite en organisant leur assujettissement qui constitue, pour longtemps (définitivement ?), un frein à une évolution sociale justement, légitimement et humainement souhaitée.
Les mesures empilées depuis dix mois transpirent une incohérence entre les efforts demandés aux plus modestes au niveau du financement de leur logement et les largesses accordées à ceux qui sont en situation sociale plus favorisée, voire largement privilégiée. Une vassalisation moderne contrainte par le logement s’organise et s’installe sans doute durablement dans notre pays.
Voici certains éléments qui m’ont interpellé et qui, pour certains, auraient mis des millions de citoyens dans la rue dans une lointaine ère préhistorique :
Il y a quelque temps Mme Boutin, ministre du Logement et de la Ville, annonçait une mesure aux airs d’une pub pour une marque de lessive : « la maison à 15 € par jour » ! Elle laverait semble-t-il plus blanc que la maison à 100 000 € de Borloo, avec, en prime, le gadget « Bonux » : l’acquisition en deux temps, le terrain n’étant pas compris dans le prix... on verra « ça » plus tard !
Ce dispositif sera financé par le 1 % patronal via le Pass foncier qui avancera le financement différé du terrain qui sera acquis, lui, par un organisme et vendu à l’acquéreur après la fin de l’emprunt de la construction.
Jugez donc par un exemple concret, des réalités d’un tel dispositif :
15 € par jour = 450 € par mois ;
pour cette mensualité, on peut emprunter environ 67 000 € (67 000 € sur 20 ans à 5,20 % = 449,61 €/mois) ;
la surface financée (selon le dispositif Boutin) sera d’environ 85 m2, d’où le coût d’une construction s’élevant à 788,24 € le m2 (67 000 : 85 = 788,24) : il est à craindre qu’avec ce modeste tarif les conditions ne seront pas optimales pour construire un logement répondant à une exigence écologique (désormais nécessaire et préconisée dans le Grenelle de l’environnement) et ne pourront être « accessibles » aux personnes à mobilité réduite, les critères normatifs étant beaucoup plus coûteux à la construction ! ;
prix d’un terrain aujourd’hui (dans une région où les prix sont « abordables », l’exemple ne peut en aucun cas concerner Paris, le Sud de la France et autres villes littorales touchées par l’inflation immobilière) : 80 €/m2 ;
surface du terrain financée par le dispositif Boutin : 250 m2 environ ;
d’où un coût estimé du terrain à : 20 000 € (250 x 80 €). Dans 20 ans, coût du terrain (estimation) : 28 000 € environ (financement envisageable sur 6 ans : 453,54 €/mois, pour rester dans le « 15 € par jour »).
Donc
Pour l’acquisition d’une maison + terrain à 15 € par jour, soit 450 €/mois, il faudra la financer durant 26 ans en moyenne ! Si les prétendants à l’acquisition sont jeunes, ça peut se concevoir (on finance bien jusqu’à 35 ans !). Cependant, peut-on imaginer un tel plan de financement au (très) long cours pour des quadragénaires ou des quinquagénaires, entraînant ainsi un échelonnement qui continuera jusqu’à leur retraite ? S’ils n’ont pas aujourd’hui la capacité financière d’aller au-delà d’un tel budget, c’est que leurs revenus actuels se situent entre 1 500 et 2 000 € mensuels (condition nécessaire pour bénéficier du « Boutin nouveau »). Pas sûr que les pensions de retraites projetées dans 28 ans seront suffisantes pour absorber une mensualité de 450 € environ. Le plan Boutin organise ainsi le surendettement de retraités modestes de demain. Seront-ils alors obligés de revendre en bout de crédit (souffle ?) ces maisons à 15 €, les renvoyant à une régression sociale en les obligeant à réintégrer le parc locatif privé ou social.
L’acquéreur, primo-accédant, bénéficiera également du PTZ (prêt à taux zéro), et du fait de ses modestes ressources, obtiendra un différé de remboursement de 15 à 18 ans suivant ses revenus. Donc, au bout de 15 ans, le cumul des deux crédits contractés (prêt amortissable classique et prêt à 0 %) risquera fort de surendetter le bénéficiaire de ce dispositif. Pire encore sera la situation quand il faudra rajouter aux deux premiers, le crédit du terrain !
Une vraie bombe à retardement !
Avant cela, la loi dite TEPA (loi sur le Travail, l’emploi et le pouvoir d’achat) plus connue sous de nom de « paquet fiscal », du 21 août 2007, a mis en place des mesures (coûteuses) de défiscalisation d’une partie des intérêts d’emprunts pour les prêts contractés dans le cadre d’une acquisition en résidence principale, visant à relancer la croissance. Coût : 3,7 milliards d’euros.
Cette loi a également porté de 20 à 30 % le taux d’abattement applicable à la valeur de la résidence principale pour les propriétaires redevables de l’ISF (Impôt de solidarité sur les fortunes). Rappelons que cet impôt qui a été remanié à la baisse concerne les personnes qui détiennent un patrimoine net supérieur à 770 000 €. Coût estimé pour 2008 : 445 millions d’euros.
Coût total de la loi TEPA : environ 14 milliards d’euros PAR AN, dont 4,145 milliards seulement pour les mesures précédemment citées concernant la défiscalisation des plus nantis en matière de logement.
Et, enfin, dernièrement, Nicolas Sarkozy, lors du Conseil de modernisation des politiques publiques, a présenté une série de 140 mesures afin d’économiser 5 à 7 milliards d’euros par an. L’une d’entre elles concerne le logement social. En effet, il est prévu l’abaissement de 10 % des plafonds de ressources pour un logement HLM.
« La part des ménages français pouvant prétendre à un logement HLM a augmenté de moins de 60 % à près de 70 % en dix ans. Est-ce bien raisonnable ? », s’est interrogé le président. Je vous laisse méditer sur cette réflexion.
Comment peut-on à la fois :
Faire des cadeaux fiscaux coûteux permettant de satisfaire ceux qui ont la capacité financière suffisante pour se loger correctement ?
ET
Désengager l’Etat d’une nécessaire solidarité en matière de logement pour les plus modestes en leur demandant, à eux, de « payer » ce qu’il s’est permis d’offrir ?
ET
Donner l’illusion que les locataires à revenus modestes pourront devenir propriétaires dans des conditions convenables, sans risque de surendettement pour l’avenir, pour seulement 15 € par jour ?
Tout cela n’est pas très sérieux, Mme Boutin,
Tout cela est scandaleux, M. Sarkozy,
Tout cela est dangereux pour notre société qui tend à se fragmenter de plus en plus par rapport au logement.
Le logement est un besoin vital, il est la base, avec l’emploi, de l’insertion sociale et il constitue le socle d’une construction familiale nécessaire à l’épanouissement de chacun.
Agoravox.fr
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18.03.2008
Après les maisons, Mme Boutin veut des appartements à 15 euros par jour
La ministre du Logement Christine Boutin, qui a annoncé fin février le lancement de la "maison à 15 euros par jour", formule d'accession à la propriété réservée aux foyers modestes, a plaidé jeudi pour une extension de ce dispositif aux appartements.
"Les parlementaires m'ont accordé ce nouveau mécanisme pour la maison individuelle mais pas pour le collectif, ce qui à mon avis est une erreur", a déclaré Mme Boutin sur RMC.
Christine Boutin a annoncé le 21 février le lancement de "la maison à 15 euros par jour", qui, "pour le prix d'un loyer classique", permet aux foyers modestes de devenir propriétaire d'une maison d'au moins 85 mètres carrés et de son terrain de 250 m2 ou davantage.
Le dispositif reprend la formule du Pass-Foncier, qui permet de payer d'abord la maison - sur une période de 25 années maximum - puis le terrain, grâce à un portage assuré par le 1% logement.
"Ce que je souhaite, c'est que le même mécanisme, qui dissocie l'acquisition du bâti et du foncier, soit possible pour le collectif, pour les appartements, mais aujourd'hui la loi ne le permet pas", a dit Mme Boutin.
"C'est la grande différence avec la maison Borloo qui n'a pas marché parce qu'il n'y avait pas le foncier", a-t-elle ajouté.
Le dispositif doit être lancé officiellement le 15 avril. "Si des signatures sont faites avant fin avril mi-mai nous aurons la possibilité de mettre les premières clés dans les maisons à 15 euros pour Noël", a conclu la ministre.
©AFP
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29.02.2008
Coup de gueule des architectes contre la «maison Boutin»
« Un logement à 15 euros par jour : d’accord. Mais pas en maison individuelle ! ». Lionel Dunet, président du Conseil national de l’ordre des architectes, est remonté contre le plan lancé la semaine dernière par la ministre du Logement.
5 000 maisons de ce type, destinées aux ménages modestes, doivent sortir de terre en 2008.
Gangrène des paysages
Dès l’annonce du dispositif, les architectes se sont indignés dans un communiqué : « cette nouvelle mesure va générer encore plus de lotissements, véritables gangrènes de nos paysages». Or les archis n’en peuvent plus des lotissements. La qualité des futures constructions est mise en doute, mais ce n’est pas qu’une question d’architecture. « Suite au Grenelle de l’environnement, nous regrettons que le ministère du Logement favorise encore ce type d’habitat qui contribue à l’étalement urbain. C’est un vrai problème écologique » explique Lionel Dunet. (http://www.capital.fr/actualite/Default.asp?source=FI&numero=67584&Cat=IMM&numpage=1)
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25.02.2008
Maison à 15 Euros "Fausse bonne idée" selon l'Orde des Architectes
L'Ordre des architectes a qualifié dimanche de "fausse bonne idée" le dispositif de la "maison à 15 euros par jours"...
PARIS, 24 fév 2008 (AFP)
http://www.francetransactions.com/actualites/info-epargne...
L'Ordre des architectes a qualifié dimanche de "fausse bonne idée" le dispositif de la "maison à 15 euros par jours" lancé jeudi par la ministre du Logement Christine Boutin, estimant qu'il allait "générer encore plus de lotissements, gangrènes de nos paysages".
"Si la volonté de résoudre le problème du logementet des primo-accédants est réelle et louable, nous ne pouvons que regretter une nouvelle fois l'erreur fondamentale de s'accrocher à ce type d'habitat", écrit dans un communiqué le président du conseil national de l'Ordre des architectes, Lionel Dunet.
"Cette nouvelle mesure, après la maison Borloo à 100.000 euros, axée sur la maison individuelle, va générer encore plus de lotissements, véritables gangrènes de nos paysages", estime-t-il.
Il dénonce une "incitation" par les pouvoirs publics à des "solutions d'aménagement urbain catastrophiques", en contradiction selon lui avec les "discours vertueux sur la ville compacte et un développement urbain durable".
Conséquences de ce type d'habitat: "les coûts de viabilité de l'énergie consommée par cette dispersion, multiplication des besoins automobiles et l'augmentation de la pollution induite, pauvreté architecturale et environnementale générée par une offre de modèles de catalogues", poursuit l'Ordre des architectes.
M. Dunet prône au contraire "d'intervenir sur la régulation de la consommation foncière".
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| Tags : Maison à 15 euros, précarité, Ordre des Architectes |
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