27.10.2008

Mal-logés : caravane vers l’Elysée

Partie de Pau, une caravane des sans-logis, des mal-logés, des locataires et des expulsés arrive à Paris, dimanche. Un rendez-vous est fixé devant la mairie de Neuilly-sur-Seine, à 15 heures, pour marcher jusqu’à l’Elysée. Jean-Baptiste Eyrau

Réalisé par KARL LASKE - LIBÉRATION

Jean-Baptiste Eyrault. «Il faut dire ça suffit : 22 milliards d’euros viennent d’être ponctionnés sur l’épargne populaire pour venir au secours des banques et des promoteurs. Au même moment, la loi Boutin, qui vient d’être examinée par le Sénat, fait peser une menace considérable sur les droits des locataires et des mal-logés. On a souligné l’échec de la ministre du Logement au Sénat concernant la remise en cause de la loi SRU - fixant à 20 % le quota de construction de logements sociaux -, mais sa loi annonce fin du droit au maintien dans les lieux des locataires HLM. La majorité dit qu’elle veut s’attaquer au "bail à vie", et l’on voit se profiler l’idée d’un "bail de six ans" en HLM. On va traîner devant les tribunaux les locataires en "sous-peuplement", souvent des personnes âgées, alors qu’il y a d’autres solutions possibles.

Concernant les opérations de démolition, la loi stipule que les locataires seront obligés de quitter les lieux après un certain nombre de propositions de relogement. Alors que les familles résistent souvent dans le cadre des comités antidémolition. Simultanément, on accorde aux promoteurs la possibilité d’entrer à plus de 50 % dans les programmes d’aménagements urbains et même de les conduire. On ouvre ainsi aux spéculateurs le marché de la rénovation des quartiers anciens. C’est la privatisation des politiques d’urbanisme. Les délais accordés aux locataires dans les procédures d’expulsion sont quasiment supprimés. La fourchette de trois mois à trois ans est réduite à des délais pouvant aller d’un mois à un an. En un mois, on ne peut pas faire grand-chose. Ces délais ne seront accordés qu’en cas d’absence de proposition de logement ou d’hébergement. Cette introduction de l’hébergement comme solution possible, c’est la fin des délais accordés aux expulsés, puisqu’une chambre d’hôtel est déjà un hébergement. L’hébergement ne veut rien dire. Ce n’est pas un relogement. On peut donc s’attendre à une accélération des expulsions.

«La loi Boutin s’accompagne en outre d’une remise en cause profonde de la vocation sociale des HLM. On met en place la vente des logements sociaux. Cette vente signifie moins de logements pour les familles modestes. Et l’on introduit une déréglementation des loyers - en fonction de la qualité des immeubles, de leur localisation. Les travaux effectués pourront aussi en partie s’imputer sur les loyers. La loi va donc provoquer un rétrécissement du parc locatif social et une augmentation du montant des loyers. Dans le contexte actuel, c’est dramatique.

«Notre caravane est passée par la côte basque frappée par la spéculation immobilière. De nombreux salariés, plusieurs centaines, pour certains saisonniers, y dorment dans leurs voitures. A Bordeaux, où nous avons fait un campement de nuit, nous avons vu les sans-logis nous rejoindre : des familles virées de leurs logements, dans la rue. Après avoir traversé diverses zones spéculatives, nous avons tenté d’empêcher une expulsion à Nantes. Pour toutes ces raisons, nous demandons le retrait de la loi Boutin.

Notre caravane a mobilisé le DAL avec l’Emmaüs de Pau, la coordination antidémolition, le Comité des sans-logis, le réseau Halem qui défend le droit à l’habitat choisi. L’hiver risque d’être encore plus durs que les précédents. Jeudi matin, près de 200 personnes ont été expulsées de l’immeuble du 150, boulevard Vincent-Auriol à Paris (XIIIe arrondissement). Une partie des familles a refusé l’hébergement provisoire pour demander un relogement. A la veille de la trêve hivernale les mises à la rue sans relogement se multiplient.»

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