06.08.2008
La polémique autour des bancs anti-clochards à Strasbourg enfle
Notre post “Strasbourg : une ville interdite aux clochards” nous a valu un bombardement de mails et des appels de journalistes.
Le constat pour nous est terrible; la survie dans la rue est encore méconnue.
Chasser les sans-abri se fait avec des prétextes grossiers : “les sans-abri de la Place d’Austerlitz faisaient du bruit nous dit-on !
Ce à quoi, nous répondons; Vous avez accepté deux terrasses de café, il y aurait donc des bruits supportables ?
Nous avons décidé, d’apporter quelques précisions sur :
Le banc anti-clochard symbole de l’exclusion des exclus
En 1994 les délits de vagabondage et de mendicité sont supprimés.
Depuis, les sans-abri ont subis, partout en France, des attaques insidieuses pour nous chasser des centres-villes, des lieux touristiques, des quartiers résidentiels : le malodore par exemple et le mobilier urbain.
En 2008 quelques représentants (pas tous, c’est à souligner) de la nouvelle municipalité PS de Strasbourg inaugurent la Place d’Austerlitz … avec des bancs anti-clochards.
Lorsqu’une famille perd sa maison dans une tornade, il est clair pour tout le monde qu’elle fait face à un drame d’une immense violence.
Ramené à nos conditions de survie, le choix de ces bancs anti-clochards est une immense violence pour nous.
La rue est de plus en plus difficile à vivre, toute la journée, toute l’année.
La précarité augmente, les nouveaux dispositifs, lois, décrets ajoutent plus de confusion et créent plus de dysfonctionnements que d’améliorations.
Strasbourg, ces dernières années, s’est montré cruelle avec nous - ça suffit
Contrôles de police, diminution des subventions aux associations, fermeture d’un accueil de jour, déménagement de l’accueil printemps aux remparts…
Le choix de déménager l’accueil Printemps aux Remparts, nous l’avons dénoncé, sans être entendu. Nous dénoncions la ghetoïsation de la pauvreté, cachée derrière la gare et le risque d’une baisse de fréquentation.
Le résultat est là aujourd’hui, l’accueil Printemps a “perdu” pas mal de visiteurs !
En effet, nous éloigner de la Ville, nous éloigne des lieux de rencontre, et des structures.
La défaillance de notre ville à ne plus défendre le principe de l’hospitalité envers les plus pauvres doit cesser.
Avant d’aller plus loin, essayez de répondre à ces 4 questions :
Que serait une politique d’aide à la personne qui nous refuserait le droit d’habiter dans un monde commun ?
Êtes-vous en accord avec une politique sans dimension morale ?
Imaginez-vous Strasbourg avec des “inclus” et des “exclus” ?
Jusqu’où, pensez-vous que les sans-abri peuvent-être chassés ?
De nombreuses idées reçues sont véhiculées dans les médias sur nous qui hantont les rues des villes. Nous devons changer cela, changer le regard sur les sans-abri.
Le Collectif SDF Alsace s’y emploie et veut tenter de vous entraîner avec lui dans cette aventure passionnante; celle de l’humain et du sensible avec les sans-domicile.
Et alors, vous ne pourrez plus, penser à la précarité sans nous.
Survivre dans la rue correspond à de nombreuses activités qui demandent beaucoup d’énergie et de temps.
Chaque matin se lever pour travailler; car faire la manche est considéré comme un travail, tant la rigueur et les contraintes sont grandes.
Se rendre dans les structures qui proposent les indispensables services : petit-déjeuner, douche, santé, machine à laver, repas, constitution des dossiers (RMI, CMU, ANPE, ASSEDIC), recherche d’emploi, et l’hébergement.
“Vivre” dans la rue n’est possible que dans l’espace public.
Le tissu associatif humanitaire et caritatif constitue le réseau de tous ces services. Chaque association s’adresse à un public ciblé en proposant une prestation. Les sans-domicile-fixe doivent donc aller de l’une à l’autre chaque jour.
Le coeur de la Ville, la proximité du tram, et des bus, sont vitaux dans la journée d’un sans-domicile.
C’est dans la Ville, en faisant ce parcours, que les sans-domicile-fixe créent des liens sociaux : avec les donateurs sur le point de manche, avec les travailleurs sociaux, avec des agents administratifs et avec d’autres sans-domicile-fixe qui fréquentent les mêmes lieux de la ville.
Ces liens ne doivent pas être détruits, car ils sont indispensables à la survie dans la rue. Sans eux tous les possibles nous deviennent impossibles.
Pour les travailleurs sociaux de rue, lorsqu’un groupe de sans-domicile-fixe est créé, il offre la possibilité d’entamer un dialogue, de faire passer des informations à un plus grand nombre.
Pour nous, ces groupes sont une garantie de sécurité, et les lieux sont nos lieux d’ancrage. Ancrage au monde, ancrage à la Ville, ancrage à la vie.
Nous rejeter de la Ville revient à nous rejeter de la société et à détruire l’équilibre précaire qui nous permet de tenir et d’envisager “d’en sortir”.
Attention à la cohérence de votre équipe, Monsieur le maire
Ces bancs anti-clochards vont à l’encontre des objectifs que visent d'autres élus de la municipalité en matière d'hébergement et de logement aidé : vivre la ville ensemble, créer une harmonie, lutter contre des conditions de vie humiliantes et le mépris social, redonner un sentiment d’appartenance…
Pour que "l'on s'en sorte" la reconnaissance de tous est primordiale
L’ancrage dans un lieu de la Ville permet de se poser, et contrairement aux idées reçues, de s’apaiser.
Alors, Mesdames et Messieurs, boycottez les bancs anti-clochards.
Et lorsque le projet définitif “Place d’Austerlitz” vous sera proposé, soyez audacieux, et demandez “où sont les sans-abri délogés”, et “quel autre lieu d’accueil leur a été proposé”.
11:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
| Tags : strasbourg, bancs anti-clochards, sdf, sans-abri, répression, chasse aux clochards |
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Commentaires
Ma chère Monique,
encore un bon papier n'est ce pas. Vous êtes si pertinente et si emplie de cet humain, de ce sensible dont vous arlez.
Je reste votre obligé.
Écrit par : Mr Muller | 16.08.2008
ils n'ont qu'à aller chez les donquichotte : tente, douche, chiotte, bouffe, pas de règlement, pas de contrainte
vive le fric du rmi et le tout gratis
Écrit par : enfoiré | 22.08.2008
eh oui, cher enfoiré: d'un côté l'intolérance qui écarte, qui écarte, d'un autre côté une hyper-assistance qui enfonce, qui enfonce; on arrive à un projet inondable non durable à 1 million d'euros; est-ce que l'état suivra avec ses 5 millions (je crois) annoncés par le super-préfet?
Mettons en face de cela les exclus ou en risque de l'être, quelques TS et quelques bénévoles...
Faut vraiment réagir à cette enquête de modification du POS.
Écrit par : joëlle | 23.08.2008
OUI, il faut réagir
Montrer, faire savoir que nous ne sommes pas dupes.
Magouilles, arrangements, traficotages... et en face des propositions sérieuses et honnètes.
Nous devons tout faire pour que la loi ne soit plus bafouée, pour que les droits soient respectés. Nous devons nous opposer en proposant.
Il existe des lieux non inondables, non pollués
Il y à déjà des réactions avec des contre-propositions
Écrit par : dany | 23.08.2008
Nous devons dénoncer sans tabous ces pratiques. Il s'agit de l'avenir d'hommes : jeunes, femmes... et d'animaux.
Cette enquête nous donne l'occasion de montrer que nous sommes concernés, vigilants et... pas dupes.
Il va de soi que nous devons "tendre la main", en apportant des propositions : réquisition d'un autre terrain ou d'un bâtiment qui soit adapté au projet. Proximité des transports et des administrations, sans oublier les magasins et, pourquoi pas les lieux d'apprentissages et de culture.
Soyez nombreux...
Écrit par : monique | 24.08.2008
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